Mylene est une fan de l'ecrivain Luc Dietrich. "Ce sont mes livres de chevets" avait elle déclarée à l'écrivain Amélie Nothomb.
Mylene admire très certainement Luc Dietrich pour son côté mélangeant la beauté et la morbidité.
Mais qui est Luc Dietrich ???
Luc Dietrich est né en 1913 à Dijon. Orphelin de père à l'âge de six ans, il mena une vie itinérante avec sa mère qui, minée par la drogue, disparut à son tour en 1931. Il s'engagea alors dans une vie désarticulée, basculant d'amour en amour, passant sans transition ni scrupules de la pauvreté la plus sordide à la richesse frelatée des milieux de la drogue et de la prostitution. En 1930, il publie sous le nom de Luc Ergidé un premier recueil de poèmes Huttes à la lisière. Mais c'est Lanza del Vasto, rencontré en 1932, qui lui révéla ses talents d'écrivain et le poussa dans la voie de la « connaissance ». Ils écrivirent ensemble le Livre des rêves, proposé en 1934 à Grasset qui le refusera. Fortifié par cette expérience, Luc Dietrich commença la rédaction de son premier roman La Leçon de vie qu'il présentera avec l'approbation de Lanza del Vasto à Denoël. Le livre sera publié en 1935 rebaptisé Le Bonheur des tristes et amputé des quatre derniers chapitres. Parallèlement à l'écriture, Dietrich s'intéresse à la photographie et présente sa première exposition à Paris en 1937.
Il est mort en 1944, laissant une œuvre brève, lumineuse et fulgurante comme son existence torturée de détresse et de désir.
Le bonheur des tristes
Dans ce premier roman (1935), Luc Dietrich revit les vicissitudes de son enfance jusqu'à la mort de sa mère. Ses images dures, alliées à une sensibilité toute tendue vers le détachement, enthousiasmèrent la critique qui vit là davantage qu'un roman : une sorte de quête de soi, entre douleur et limpidité, la confession candide et cruelle d’un être qui n’a jamais guéri de son enfance — « une somme de pensée et de science enfantines » comme a pu dire Lanza del Vasto.
« Chez l'oncle Gustave où l'on m'avait mis quand j'avais huit ans, il y avait des fleurs sur le papier : des pavots rouges dans ma chambre à coucher. L'oncle disait : “ c'est la décoration qui sied à une chambre à coucher; le pavot c'est la fleur du sommeil. ” C'était des yeux arrachés qui ne cessaient de pleuvoir sur moi du plafond, même la nuit quand il faisait noir, même quand j'avais fermé les paupières. Il y avait des sortes de grottes, des lézards et des hibous durcis. Il y avait une trompe de cuivre béante, mais d'où sortaient parfois comme de sous terre, un bruit de coutelas qu'on aiguise, des cris de femme et des plaintes de gorges qu'on étrangle.
Et en face de mon lit se trouvait un tableau effrayant. C'était une place de village avec des toits rouges, une église jaune et dans le clocher on avait vissé une vraie horloge qui marquait toujours deux heures. Et là devant mon esprit s'arrêtait, ou plutôt tournoyait comme une feuille morte dans cette place dont on ne pouvait sortir. Je sentais que dans cette place entourée de fenêtres fermées, de rues fermées, j'aurais pu attendre comme dans cet appartement à tentures, l'arrivée de ma mère, impossible à cause de l'horloge arrêtée. » |